vendredi 6 février 2015

Petit manuel pour quitter ou intégrer le mouvement indépendantiste

Texte de Sol Zanetti, chef d'Option Nationale, sur ceux qui laissent tomber la cause de l'indépendance du Québec pour les mauvaises raisons. Son blogue est à l'adresse suivante: http://www.solzanetti.org/


Petit manuel pour quitter ou intégrer le mouvement indépendantiste


Comme pour beaucoup d’indépendantistes, la lettre diffusée cette semaine par Maria Mourani a suscité en moi une grande amertume. Maintenant que les réactions « à chaud » ont été faites, que la frustration a été exprimée, je me demande s’il n’est pas possible de tirer de cet événement malheureux une leçon d’éthique qui servira pour l’avenir. Il est normal qu’en démocratie, les gens aient la liberté de changer de camp. Être profondément démocrate, c’est accepter cet état de fait. Toutefois, cela peut être fait de façon noble et non de manière à nourrir le cynisme.
Pour quitter le mouvement indépendantiste
1. Ne pas devenir activement fédéraliste
S’engager en politique pour donner un pays à son peuple ne devrait pas être un plan de carrière. On ne devrait jamais faire de carrière politique. Représenter le mouvement indépendantiste, ce n’est pas un emploi comme les autres, quelque chose qu’on fait pour gagner sa vie. C’est un engagement envers la lutte pour l’émancipation des peuples et la préservation de la diversité culturelle internationale. C’est un engagement pour faire triompher la liberté, la démocratie, l’environnement et pour assurer un avenir à une culture qui mérite, non moins que toutes les autres, de continuer d’amener sa contribution à l’humanité.
On peut ne plus être d’accord, ne plus vouloir cela, mais on ne peut pas se mettre activement à lutter contre. Une députée indépendantiste qui change d’idée devrait avoir la décence de se retirer complètement de la politique partisane. Par respect pour l’amitié de tous ceux qui ont lutté avec vous, qui ont pris des risques pour vous, qui ont cru en vous et en votre fidélité, vous ne pouvez pas passer dans les rangs d’un parti fédéraliste canadien. Sinon, quel modèle de politicienne proposez-vous au monde? Si vous faites cela, vous affaiblirez encore la confiance des gens en la parole des autres femmes et hommes politiques. Ce faisant, vous nuirez au progrès de la société en général.
2. Avoir de bons arguments
Il est également important de quitter en ayant de bons arguments. Ce n’est pas facile, je le reconnais, puisque les meilleurs arguments se refusent à défendre l’assimilation des peuples et le modèle politique désuet d’une monarchie qui s’étiole. Toutefois, il y a des limites à la mauvaise foi et ces limites ont été clairement dépassées.
La Charte canadienne, vraiment?
Selon Mme Mourani, la Charte canadienne des droits et libertés protégerait mieux l’identité québécoise que ne le ferait un Québec indépendant. Parlez-en aux francophones hors Québec qui sont assimilés à l’anglais à une vitesse fulgurante. Chez eux, le pourcentage de citoyens faisant usage du français à la maison est passé de 4.3 % en 1971 à 2 % en 2006 *. C’est une diminution de moitié en une seule génération. Parlez-en ensuite aux autochtones de partout au Canada, mis sous tutelle dans des réserves où ils ne peuvent même pas posséder leur maison et la léguer à leurs enfants. Qu’est-ce que la Charte canadienne fait pour eux? La Charte canadienne comme protection de l’identité des peuples: vraiment?
Par ailleurs, il est vrai que, normalement, une charte des droits et libertés ne devrait pas pouvoir être modifiée si facilement par un gouvernement minoritaire. Là-dessus, Mme Mourani marque un point. Toutefois, si la charte québécoise est si facilement modifiable, c’est justement parce qu’elle n’est pas encore enchâssée dans une constitution. Le rempart que cherche Mme Mourani ne se trouve pas à Ottawa, mais dans le fait de doter le Québec d’une véritable constitution légitime d’État indépendant.
Le mouvement indépendantiste ne se réduit plus au PQ
Mme Mourani se justifie de quitter les indépendantistes en disant ne plus se reconnaître dans l’attitude du Parti québécois. J’aimerais rappeler que c’est le cas d’une proportion toujours grandissante d’indépendantistes. Si elle n’aimait pas l’attitude du PQ et du Bloc, elle pouvait décider de lutter pour l’indépendance dans un autre parti, plus fidèle à ce qu’était le PQ à ses débuts : un grand rassemblement d’indépendantistes démocrates et audacieux. Cela ne lui aurait peut-être pas assuré une réélection dans Ahuntsic dès 2015, mais c’eût été une bonne façon de préparer l’indépendance du Québec.
Quitter pour un enjeu de gouvernance: c’est non
Pour faire l’indépendance du Québec, nous devrons obligatoirement recréer la grande coalition perdue des indépendantistes. Pour ce faire, d’ici à ce que l’on se dote d’une composante de proportionnalité dans notre mode de scrutin, nous devrons accepter de travailler ensemble malgré nos différends sur certains enjeux de gouvernance comme celui de la Charte des valeurs québécoises. Si vous n’êtes pas d’accord avec la Charte, ce n’est pas une raison pour ne plus être indépendantiste. La Charte, de l’aveu même de Mme Marois, n’a rien à voir avec le projet indépendantiste. Que vous soyez pour ou contre la hausse des taxes ou l’exploitation pétrolière au Québec, vous pouvez lutter pour l’indépendance du Québec. Votre position ne sera pas marginale, vous aurez des alliés. Si nous voulons mener notre projet à terme, nous devrons accepter de reporter à plus tard certaines dissensions et commencer d’abord par nous donner tous les moyens de régler nos problèmes. L’indépendance doit passer, chronologiquement, avant les enjeux de gouvernance.
Pour intégrer le mouvement indépendantiste
Par chance, intégrer le mouvement indépendantiste est beaucoup plus facile que de le quitter. Je recommande à tous ceux qui l’envisagent de porter attention à deux éléments importants : l’engagement clair à faire l’indépendance et l’ouverture à la collaboration.
1. L’engagement clair
La meilleure façon de militer pour l’indépendance du Québec, c’est encore de le faire à l’intérieur d’un parti politique. Bien sûr, les organisations citoyennes sont importantes et il faut être sur tous les fronts, mais si on ne donne pas l’occasion aux citoyens de voter pour l’indépendance, comment parviendront-ils à la réaliser démocratiquement? Par ailleurs, comme plusieurs partis au Québec se montrent favorables à l’indépendance du Québec, il est important de choisir le bon. Pour ce faire, il est recommandé d’appuyer un parti qui prend l’engagement clair de réaliser l’indépendance du Québec dans un premier mandat.
2. L’ouverture à la collaboration
Deuxièmement, vous devriez choisir un parti qui, lorsque les deux autres prendront des engagements clairs pour réaliser l’indépendance, sera ouvert à collaborer avec tous les indépendantistes. Ces derniers auront tout le loisir de se diviser en plusieurs partis le jour où ils auront ensemble fondé un nouveau pays. Tous y auront à ce moment-là beaucoup plus de latitude pour réaliser leurs grands projets de société. En attendant, nous avons le devoir de travailler ensemble et de nous rassembler derrière un engagement clair à réaliser l’indépendance.
Je vous laisse lire les diverses plateformes électorales que vous proposent les partis affichés comme indépendantistes pour découvrir lequel répond à tous ces critères.
* Bégin, Pierre-Luc. Le génocide culturel des francophones au Canada, Québec, Les Éditions du Québécois, 2010, p.9.