mardi 6 janvier 2015

Les États-Unis et la drogue en Afghanistan

Article publié dans le numéro 660 du journal nationaliste social français Militant concernant l'utilisation par l'impérialisme américain du trafic de la drogue pour étendre sa domination en Asie et plus particulièrement en Afghanistan. Le site du journal Militant se trouve à l'adresse suivante: http://journal-militant.fr/

Les États-Unis et la drogue en Afghanistan

Officiellement la culture du pavot est interdite en Afghanistan, mais le nombre de provinces où il est cultivé est en constante augmentation. La production d’opium a ainsi atteint 5.500 tonnes, soit une hausse de 49 % par rapport à 2012 tandis que le PIB afghan est constitué pour 15 % par les exportations de drogue.

Selon Viktor Ivanov, directeur du Service fédéral russe de contrôle des stupéfiants (FSKN), (discours du 11 mars 2013 à Vienne à l’occasion de la 56ème session de l’Office de Nations-Unies contre la drogue et le crime) la production d'héroïne a été multipliée par quarante en Afghanistan depuis l'intervention états-unienne en 2001. Selon Ivanov, l'héroïne et donc la culture de l'opium dont elle est extraite, constitue l'un des principaux facteurs d'instabilité en Afghanistan : « tout observateur impartial doit admettre la triste réalité que la communauté internationale n’a pas réussi à stopper la production d’héroïne en Afghanistan depuis l’arrivée des troupes de l’OTAN ». Au cours de la décennie 2001-2011, la surface cultivée en opium avait augmenté de 18 %. En 2013, les plantations d’opium ont occupé une surface de plus de 209.000 hectares, dépassant de près de 36 % les chiffres de l’année précédente.

Avant l’intervention de l’OTAN, en 2001, les talibans avaient pris des mesures d’interdiction de la culture du pavot, et avaient réussi à abaisser notablement le niveau de production. Mais avec l'occupation du pays par les Etats-Unis et leurs alliés, la production redémarra de plus belle et Kaboul couvre désormais 90 % du marché mondial de l’héroïne dont une grande partie se retrouve dans les villes des États-Unis, de Russie et d’Europe.

Les Occidentaux en imputent la responsabilité aux talibans et aux membres du régime impliqués dans le commerce de la drogue, mais ces accusations ne coïncident pas vraiment avec la réalité du terrain. Les responsables de l’OTAN affirment que « les talibans s’opposaient initialement à la drogue, mais ils favorisent désormais sa culture et imposent une taxe aux paysans sur les produits récoltés ». Les chefs des talibans dénoncent ces accusations et affirment que les moudjahidines  mènent le djihad contre les occupants et que l’islam interdit strictement les drogues et l’alcool. Les fondamentalistes musulmans suivent cette règle à la lettre.

En ce qui concerne le président Karzaï et son entourage, il semble que ces accusations soient vérifiées. Son frère Ahmed Karzaï, trafiquant d'opium de premier plan a été financé par la CIA et en octobre 2013, une inspection révéla que 65 officiers des services secrets-afghans étaient héroïnomanes.

Les États-Unis et l’OTAN ne semblent pas mener avec conviction la lutte contre la culture de l'opium, puisque seulement 2000 plants ont été détruits en Afghanistan en 2011 alors que, dans le même temps, 150 000 ha de coca étaient détruits en Colombie. Le principal centre de production est le Helmand, qui était encore il y a peu sous la coupe britannique. Rien n'est entrepris pour aider les agriculteurs afghans à mettre en place d'autres cultures, notamment vivrières. Et le retrait des forces de l'OTAN n'a fait qu'aggraver la situation, les plantations gagnant les provinces du Nord, proches de l’Ouzbékistan et du Turkménistan.

La chaîne d’information Russia Today explique cette mollesse par le fait que des banques internationales en tireraient de substantiels bénéfices.

Des journalistes soutiennent que le commerce de l’opium aux États-Unis et les événements d’Afghanistan sont étroitement liés. La CIA y aurait pris une place prépondérante. Selon le New York Times« l’argent (de la CIA, NDLR) aurait servi à financer les vastes réseaux clientélistes qui ont permis à M. Karzaï de consolider son pouvoir ». Il en conclut que les liens de certains oligarques afghans achetés avec le trafic de drogue et les talibans ont abouti à ce que « les services secrets américains ont graissé la roue des mêmes réseaux que les diplomates américains et les diplomates essayaient, sans succès, de démanteler, et laissé le gouvernement entre les mains de forces qui s’apparentent à un syndicat du crime organisé ». Dans un entretien à ce quotidien new-yorkais, de nombreux diplomates américains ont confié leur désarroi : « la principale source de corruption en Afghanistan, c’étaient les États-Unis ».

Tout se passe comme si Washington laissait les coudées franches aux narcotrafiquants en échange d’un soutien politique au gouvernement de Kaboul, ce qui va manifestement à l'encontre des objectifs officiellement poursuivis (à savoir le retour à la paix et à le sécurité du pays) qui deviennent de plus en plus inatteignables, comme le montrent l'instabilité croissante et le renforcement de l'activité des différents mouvements de résistance intérieure.

Un processus de militarisation des groupes liés au commerce de la drogue est en cours. Viktor Ivanov, précise : « ces groupes armés sont consubstantiels de la recrudescence des activités des cartels dans le nord de l’Afghanistan. Ces groupes ont leurs propres unités de combat. Ils sont très bien armés et leur chiffre d’affaires annuel avoisine les dix-huit milliards de dollars. C’est la raison pour laquelle ces groupes influent de manière extrêmement importante sur la situation politique et économique en Asie centrale ». 

Les Etats-Unis ont utilisé l'arme de la drogue pour continuer la guerre froide contre les États post soviétiques pour détruire leur potentiel humain et continuent de plus belle. Ils entretiennent voire créent l'instabilité aux portes même de la Russie en utilisant des groupes armés et des mafias établis dans l'Asie Centrale ex-soviétique après les avoir armés, l’islam servant de paravent. Comment ne pas y voir un élément du plan géostratégique d'encerclement de la Russie lancé par les théories de Mac Kinder et réitérées par Z. Brezynski dans son livre maintenant célèbre « Le grand Echiquier » ?